Newsletter 10 – Février 2015 – Les glossodynies

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LES GLOSSODYNIES

Dr Fabrice Campana

Février 2015

Ce mois-ci, pas de photo mais un rappel sur cette maladie qui entraine des brulures de la bouche sans symptôme clinique : la glossodynie.

C’est une patiente qui consulte pour des brulures de la bouche depuis quelques semaines, voir quelques mois ou années.
Vous l’examinez : la bouche est strictement normale. Qu’est ce que c’est ? une infection mycosique ? allez un antifongique !
Mince, aucun résultat ! une infection bactérienne ? allez un antibiotique !
Mince, encore raté! une allergie au métal, à l’amalgame, aux composites ? Comment le prouver ? Que faire, tout déposer ?
En pratique, une patiente qui se plaint de brûlures de la bouche en l’absence de signe clinique (1) doit faire évoquer une glossodynie (burning mouth syndrome).
Cette brûlure peut atteindre la langue, les lèvres ou la cavité buccale dans sa globalité. Elle est souvent associée à une dysgueusie et des troubles salivaires rarement objectivables.

Cliniquement, l’examen est normal, même s’il l’on peut retrouver une langue géographique ou une langue fissurée associées (5). Il existe trois formes en fonction de la description des douleurs :

Type 1 : la douleur apparaît le matin, augmente la journée avec un paroxysme le soir et est absente au niveau des repas. Il représente 35% des atteintes.

Type 2 : la douleur est continue la journée et est présente au repas. 55% des malades

Type 3 : qui correspond au type ni 1, ni 2 avec des douleurs variables et représente 10% des cas.

En général, l’inter-rogatoire et la clinique suffisent au diagnostic. Le niveau de douleur doit être évaluée initialement et pendant le traitement à l’aide d’outils tels que l’EVA ou l’EVS (4). Une biologie pour éliminer une cause carentielle, un diabète ou un syndrome de Gougerot-Sjögren peut être utile.
Un frottis muqueux peut être utile car il permet d’objectiver la négativité de l’infection mycosique.
La biopsie n’est pas indiquée.

La prévalence de la glossodynie dans la population est de 1%.
Cette affection touche la femme, en particulier après la ménopause, et augmente avec l’âge (4). L’anxiété et la dépression sont souvent associées (3).
Les glossodynies peuvent être primaires (sans étiologie retrouvée) ou secondaires à un lichen, une candidose, une carence vitaminique, un diabète..

L’origine neuropathique de la douleur est discutée, liée à une anomalie centrale ou périphérique (5).
Le traitement reste un challenge.
Les anti-épileptiques, tels que le clonazepam ont été utilisés avec succès, jusqu’à leur récente restriction d’utilisation par l’ANSM. Différents antidépresseurs dont les indications de l’AMM sont les douleurs neuropathiques sont décrit.
L’amitriptyline introduite à petite dose et augmentée jusqu’à la diminution, voire la disparition de la douleur est dans notre expérience une bonne approche.
La capsaïcine, alcaloïde responsable de la sensation de brûlure produite par les piments, est capable de désensibiliser certains nocicepteurs et est utilisée en traitement topique sous forme de bains de bouche ou de crème. Elle donne des résultats intéressants (4) et est une alternative thérapeutique en cas de contre-indication aux antidépresseurs (glaucome, hyposialie).

L’acide alpha-lipoique est largement rapporté avec un excellent taux de succès.La thérapie cognitivo-comportementale a été utilisée sans preuve de son efficacité.
Ces patients nécessitent un suivi long. Celui ci doit être mensuel à l’introduction du trai- tement, puis trimestriel lorsque la dose efficace est déterminée.
Il est impératif de rappeler à ces malades que si la douleur chronique est invali- dante, aucun cas de traformation carcino-mateuse n’est rapporté dans la littérature.

1. Sin et coll. Burning mouth syndrome: a review and update. J Oral Pathol Med. 2013 Oct;42(9):649-55.
2. Zakrewska JM et coll. Interventions for the treatment of burning mouth syndrome (Cochrane review). Cochrane Database Syst Rev 2001 Vol 3, Database no CD002779
3. Fricain JC. Glossodynies- Stomatodynies- Burning mouth disease. ROS, 2010 :5.
4. de Moraes M et coll. Randomized trials for the treatment of burning mouth syndrome: an evidence-based review of the literature. J Oral Pathol Med (2012) 41: 281–287
5. Maschino F et coll. Burning mouth syndrome : à propos de 3 cas. Med Buccale Chir Buccale 2014; 20:111-117.

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Fabrice Campana
A propos de Fabrice Campana

Spécialiste en Chirurgie Orale
Docteur en Chirurgie Dentaire, Aix-Marseille 2000
Ancien Interne en Odontologie
Ancien Assistant Hospitalo-Universitaire

Attestation d’études approfondies en chirurgie dentaire, Bordeaux 2000
CES d’odontologie chirurgicale, Bordeaux 2002
Maîtrise de Sciences Biologiques et Médicales, Bordeaux 2001
DEA de Biologie orale et osteoarticulaire, biofonctionnalité et biomatériaux. Université Paris 5, Paris 7 2004

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