Newsletter 3 – Décembre 2013 – A propos d’une « aphtose » récidivante…

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Introduction

Les atteintes de la muqueuse buccale peuvent être un signe révélateur d’une hémopathie. Nous rapportons le cas d’une patiente dont le diagnostic de leucémie a été posé à partir de ses manifestations buccales.


Observation

Mme H. 82 ans était adressée au Centre Massilien de la Face par son chirurgien-dentiste pour des ulcérations chroniques de la muqueuse buccale.
Elle présentait comme antécédents personnels des myalgies, une ostéoporose, une dyslipidémie et une dépression. Aucun antécédent chirurgical n’était noté, aucune allergie, elle ne fumait pas. Son traitement était basé sur optruma, fractal, defanyl, zolpidem.
L’examen clinique retrouvait de multiples ulcérations infiltrées (« à la palpation dure ») ainsi qu’une macule (« tache ») hématique de la tubérosité maxillaire droite (fig.1).
Ces ulcérations étaient apparues depuis 8 mois et des biopsies réalisées précédemment n’avaient retrouvé aucune spécificité et aucune transformation maligne.

Figure 1, 2 et 3 : Situation clinique initiale mettant en évidence des lésions ulcéreuses et hématiques.
Devant ce tableau, un hémogramme était demandé. Il objectivait une pancytopénie avec effondrement des 3 lignées sanguines (hématies 2 620 000/mm3, leucocytes 1130/mm3 avec une neutropénie sévère à 20/mm3 et des plaquettes à 53 000/mm3). La patiente était alors orientée vers un service d’onco-hématologie qui confirmait le diagnostic de leucémie aigue myéloïde (LAM) et une chimiothérapie était instaurée. La patiente était revue deux mois après le diagnostic initial avec de multiples ulcérations correspondant à une chimiomucite (Fig.3). Un traitement symptomatique à base de sucralfate en bains de bouche était instauré.
Figure 4 et 5 : Mucite chimio-induite
La patiente était revue vingt mois après le diagnostic initial et la rémission de la leucémie était contrôlée. Il n’existait plus de lésion buccale.

Discussion

Les pathologies de la muqueuse buccale sont souvent le reflet de désordres plus généraux ou d’effets indésirables médicamenteux. L’interrogatoire est un élément précieux de la compréhension de son atteinte. La multiplicité de l’atteinte élimine d’emblée un carcinome épidermoïde. Généralement, une atteinte de la lignée rouge va se traduire par une pâleur ou une érythème muqueux. Une atteinte de la lignée blanche se manifeste par des ulcérations buccales. Enfin, une atteinte plaquettaire se révèle par des troubles hémorragiques. Ici, la présence de lésions ulcératives et hématiques nous a fait évoquer d’emblée une hémopathie. Par ailleurs, les chimiothérapies entrainent elles aussi des effets indésirables sur la muqueuse buccale: les chimiomucites.
Dans notre cas, un simple hémogramme a permis à partir de lésions buccales de poser le diagnostic de LAM.

Fabrice Campana
A propos de Fabrice Campana

Spécialiste en Chirurgie Orale
Docteur en Chirurgie Dentaire, Aix-Marseille 2000
Ancien Interne en Odontologie
Ancien Assistant Hospitalo-Universitaire

Attestation d’études approfondies en chirurgie dentaire, Bordeaux 2000
CES d’odontologie chirurgicale, Bordeaux 2002
Maîtrise de Sciences Biologiques et Médicales, Bordeaux 2001
DEA de Biologie orale et osteoarticulaire, biofonctionnalité et biomatériaux. Université Paris 5, Paris 7 2004

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